2007-05 Galaup |
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"Babel"
Artiste autodidacte, Alain Galaup débute la pratique artistique à l’âge de 25 ans par le dessin, l’aquarelle puis la peinture. L’artiste messin a longtemps travaillé sur le thème de la nature (séries sur les volcans, les récifs…).
A l’occasion de son exposition au Centre Jacques Brel, Galaup nous propose « Babel », une série sur le thème de la célèbre tour mythique. Son travail commence par l’étude du tableau « La tour de Babel » de Pieter Brueghel (1563), une magistrale interprétation d’un texte de la Genèse. Cette tour, construite par les hommes, était destinée à atteindre le ciel. Ces hommes représentant l’humanité entière, parlaient tous la même langue sur terre.
Pour contrecarrer leur projet, Dieu multiplia les langages afin que les hommes ne se comprennent plus. Ainsi la construction ne pouvait plus avancer… Punition, solitude, déséquilibre, destruction, diaspora… les thématiques apparaissent.
On trouve dans ses toiles des formes, des constructions parallélépipèdes empilés, des installations à la limite de la chute qui ressemblent aux blocs des tailleurs de pierres de Pieter Brueghel. Il nous présente des oeuvres plus sombres que pour ses travaux précédents. Sa peinture est gestuelle, grattée, tracée, griffée… Les pierres représentées par Galaup ne serraient-elles pas des sortes de fragments de la mémoire collective ?

Deux grands tableaux.
Chacun montre une tour noire. L’une pourrait être Agbar, l’obus érigé par Jean Nouvel à Barcelone, l’autre la Swiss Re de Norman Foster à Londres. Je réfléchis aux tours. Cela pourrait faire une série qui s’appellerait Babel. Il faudrait repartir du tableau de Peter Brueghel et tenter de renouveler l’iconographie sur le sujet. L’idée est dans l’air de ce monde global. Dubaï et son architecture en folie, voilà le chemin. Je présente les deux toiles à l’occasion d’un salon.
Dans le brouhaha, un visiteur me dit :
- « vous savez que Babel est l’histoire d’un échec. »
- « pardon ? »
- « oui, Dieu a envoyé les langues aux hommes pour les punir de leur orgueil. »
C’est vrai. La Bible raconte que Dieu jeta la confusion. Du jour au lendemain les hommes ne parlèrent plus la même langue. Quand l’un disait : « Pose la pierre » l’autre comprenait : «Enlève la pierre » Alors ils se disputèrent et Babel périclita…. Les tours se dressent fièrement. « Un échec ». Je suis hors sujet.
Comment peindre l’échec ? Je reprends mon livre sur Pieter Brueghel l’ancien. Je regarde et regarde encore le tableau conservé à Vienne qui représente sa vision de Babel. Il a choisi l’inachèvement de la démesure pour parler de l’échec. Et pour l’orgueil, là, dans le coin bas à gauche, le Roi Nemrod visite « son » chantier. Il pousse les équipes pour que çà avance. Autour, des hommes s’activent sur des blocs.
La voilà l’idée ! Les blocs. En vrac, en équilibre instable… tout est là Merci Pieter, grâce à tes tailleurs de pierres je vais pouvoir travailler et donner mon idée de cet échec. Je vais peindre ces blocs. Chercher l’instant où ils pourraient basculer, ou bien celui où on les aura abandonnés en perdition … j’essaierai d’y mettre de la démesure, de la dérision, de l’absurdité. De dire que c’était il y a longtemps et que cela pourrait être maintenant. Il n’y aura pas d’humains - le texte dit aussi que suite à l’abandon de la tour les hommes se dispersèrent- il ne restera que les blocs.
Alain Galaup

